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MAARTEN CAESENS – °1976

Entre observation et imagination : le travail de Maarten.
Dans le travail de Maarten, rien n’est définitif. Ce qui semble être un paysage au premier abord se transforme, à y regarder de plus près, en autre chose : une maquette, une composition, un fragment, un souvenir. Ses images oscillent entre le matériel et le mental, entre ce qui existe réellement et ce que l’on croit voir.
Maarten travaille à l’intersection du plan et de l’espace, de l’image et de l’objet. Il ne se limite à aucune discipline : peinture, photographie et interventions spatiales se mêlent. Le résultat est un langage visuel à la fois concret et instable. Pas pour désorienter, mais pour inviter le spectateur à regarder activement : à douter, réinterpréter, recommencer.
Au cœur de son travail se trouve une sensibilité à la lumière, au contexte et à la perception. Pour Maarten, la couleur n’est pas une donnée mesurable, mais une expérience dépendante de l’environnement et du point de vue. Comme la lumière transforme la réalité d’un espace, le sens dans son travail se déplace : jamais univoque, toujours en devenir.
Dans cet entretien, Maarten parle de sa recherche de la « double couche », de l’art comme exploration esthétique, et du rôle du spectateur, non pas comme simple récepteur, mais comme co-créateur de l’image.
Un entretien avec Maarten Caessens :
Votre travail semble presque philosophique. Comment vous définiriez-vous en tant qu’artiste ?
“Je me situe à l’intersection de l’observation et de l’imagination. Il ne s’agit pas de l’objectivité, mais de ce qui se passe entre ce que l’on voit et ce que l’on croit voir. Cette tension… cet “entre-deux”, c’est ce qui m’intrigue.
Mon travail a souvent plusieurs couches : matière, confusion, imagination. La confusion apparaît exactement là où la réalité et l’imaginaire se touchent.
Chacun interprète les images différemment. La capacité du spectateur à imaginer par lui-même est cruciale. L’art n’est pas une réponse, mais une invitation. Comprendre, c’est limiter. Si tout est immédiatement clair, il n’y a pas de place pour l’imagination. Je veux que le spectateur cesse de regarder superficiellement et se perde dans sa propre interprétation. “
La matière joue un rôle important dans votre travail. Que regardons-nous ici exactement ?
“La matière évoque rapidement des images, surtout lorsqu’elle sèche, se fissure ou développe des textures. On pense alors automatiquement à la géologie, au paysage, à la texture… quelque chose que l’on peut lire.
Ici par exemple : c’est juste de la peinture, sortie d’un pot. Je l’ai laissée trois jours. Elle a séché et soudain quelque chose est apparu, ressemblant à un paysage argileux, un terrain asséché. Comme si du sable du Sahara était capturé dans un instant.
Cela trouvera sa place dans mon nouveau travail. Il est important pour moi qu’une œuvre s’inscrive dans un contexte. Qu’elle ne soit pas simplement un objet isolé. L’environnement, la lumière, l’espace… cela complète l’image.”
À quoi ressemblait le jeune Maarten ? Était-il déjà plongé dans son propre monde ?
“Parfois oui. Mais j’étais aussi influencé par mes frères et mes parents étaient très catholiques, traditionnels. Cela a eu un impact également.
Mon frère, Peter Arthur, était avant-gardiste, fasciné par Stockhausen, l’observation des étoiles, la peinture. J’ai beaucoup appris de lui : passion, concentration, fanatisme. Cette persévérance est encore profondément en moi.
Quand on est concentré, on peut disparaître complètement dans un processus : construire des maquettes, chercher des formes, continuer jusqu’à ce que quelque chose casse. Ce moment intense de disparition… je le retrouve encore en moi.”
Et le doute ou la peur de l’échec ?
“Il y a dix ans, je ressentais beaucoup de peur de l’échec. “Est-ce que je fais quelque chose de mal ?” Cela reste un peu. Mais le travail doit se détacher du jugement. Il ne s’agit pas d’approbation, mais de continuer. Marcher, bouger, expérimenter.
Même si le corps ou le ressenti est bloqué, le processus doit continuer. Parfois, on se heurte à un mur de doute. Mais si vous êtes convaincu à cent pour cent, vous le faites. Peu importe ce que pense quelqu’un d’autre.
Il s’agit d’expression, de ressenti. Et en chemin, on apprend à gérer la frustration, la critique. Au final, on sait ce que l’on veut montrer et pourquoi.”
Vous travaillez aussi souvent avec des images existantes de journaux, magazines ou internet. Pourquoi ?
“Cela commence toujours par la fascination. Un motif, une idée, un regard sur notre monde numérique. Tout est devenu mesurable, prévisible, fabriqué. En réutilisant des images, je rends quelque chose de tangible dans un temps fugitif. Il ne s’agit pas de concepts, mais de véritable observation.”
Comment percevez-vous les images rapides et éphémères d’aujourd’hui ?
“Tout va si vite qu’il y a à peine le temps de voir quelque chose. Les photos sont faites pour être présentées, pas pour être vécues. Les gens manquent de patience. Et c’est dommage.
Avant, on prenait le temps. Aujourd’hui, on veut tout, vite, toujours. On perd notre propre rythme, notre nature, nos biorythmes. C’est la tragédie de notre vie : courir après les choses et oublier ce qui compte vraiment.”
Cela influence-t-il votre travail ?
“Oui. Mon travail demande attention, répétition, patience. On peut s’investir pleinement dans quelque chose, même si personne ne le voit. Mais c’est acceptable. Il s’agit de concentration, de croire au processus et en soi.
L’art peut être un moment de friction et en même temps un moment d’ouverture. Parfois je commence avec une idée, parfois quelque chose émerge spontanément : une ligne, un mouvement. Cela grandit dans ma tête avant d’apparaître sur la toile. Il est essentiel de rester fidèle à cette forme initiale, tout en continuant à pratiquer, esquisser, essayer.”
Créer est donc pour vous un exercice de temps et d’attention ?
“Exactement. Ralentir. Observer. Former des images. Rester fidèle à ces images. Ensuite seulement je regarde comment l’œuvre résonne. Mais le cœur doit toujours être solide. »
Que voulez-vous que les gens retiennent ?
“Je ne fais pas d’art superficiel. (sourire doux)
Je veux que les gens expérimentent quelque chose : une autre lumière, un autre point de vue, une autre manière de regarder. Ce n’est pas nécessairement un message. Il faut laisser de la place pour ressentir et interpréter.
L’art est une invitation, pas une instruction. Mon travail doit être un espace où quelque chose peut se produire, où interprétation et expérience sont libres. Pas pour convaincre, mais pour ouvrir.
Qu’ils ne se contentent pas de regarder, mais qu’ils continuent à regarder. Qu’ils se surprennent eux-mêmes dans l’interprétation.
Je veux que les gens restent un instant dans ce moment où tout n’est pas encore exact. Où ils sentent : il y a autre chose.
Je ne crée pas une image pour clore.
Je crée une image pour ouvrir.”
SÉLECTION DE 5 ŒUVRES DE MAARTEN CAESENS

REVELATION_2
Cette image a été prise depuis une voiture en mouvement et porte immédiatement l’atmosphère de Blankenberge et des vacances. Le parasol rose évoque les étés chauds, un road trip en voiture, et le point de vue d’un enfant de six ans regardant par la fenêtre : plein d’envie, de curiosité et d’impatience. Pendant que les parents disent : “on continue un peu, attends encore un peu ”. C’est dans cette tension entre désirs enfantins et parentalité que réside, pour moi, l’essentiel. Je laisse volontairement de l’espace au spectateur pour qu’il ajoute sa propre signification, parfois avec plus d’ouverture, parfois avec plus de direction. Dans cette série, il ne s’agit pas de « trouver » une vérité unique, mais de permettre l’existence de plusieurs possibles.
Photographie:
34 x 22.5 x 0.1 cm
- FRAMED: €445
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REVELATION_3
Dans cette œuvre, je joue consciemment avec ce qui est présent et ce qui semble absent. Dans le reflet, émerge une couche presque surréaliste : des formes que l’on reconnaît, mais que l’on ne peut pas totalement saisir. On voit, par exemple, des fleurs qui semblent posées quelque part, et pourtant ce n’est pas exactement l’image que l’on croit voir. Parfois, c’est très simple : cela peut aussi être une fenêtre qui fracture l’image, derrière laquelle une seconde réalité se révèle dans le reflet. Je navigue entre clarté et ouverture : parfois je donne au spectateur un point d’ancrage, parfois je laisse l’espace pour qu’il complète lui-même. Dans cette série, je ne veux pas que les gens cherchent une signification unique. Je préfère qu’ils laissent leur imagination achever l’œuvre.
Photographie:
34 x 22.5 x 0.1 cm
- FRAMED: €445
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NORDSTAR
Dans cette œuvre, je manipule la matière visuelle : je découpe, répète et redimensionne les mêmes photographies, de sorte que la résolution, les pixels et les différences de couleur deviennent visibles. Ce qui semble être un cours d’eau tumultueux est en réalité le pipeline Nord Stream 2 endommagé. J’ai rassemblé des images identiques provenant de différents journaux, chacun avec un ton et une qualité différente. En les plaçant côte à côte, un doute émerge : s’agit-il du même événement ou d’un autre ? Ainsi, je remets en question une image familière et crée de l’espace pour la confusion, l’imagination et plusieurs vérités.
Photographie:
45.3 x 34 x 0.1 cm
- FRAMED: €445
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DONKERE KAMERS_2
Dans cette œuvre, j’explore la fragilité de l’humain et l’humilité qui en découle. À première vue, elle semble picturale, notamment grâce aux tons de peau et à la fissure sur la tête, mais un regard attentif révèle qu’il s’agit finalement d’une photographie. Je commence par créer un crâne en plâtre : un sac plastique sur la tête, couches après couches, poncé et patiné. Cela crée une texture charnelle, des ombres sur les bords et de la profondeur. Avec un objectif grand-angle, j’accentue le premier plan. Je joue avec les métiers : peintre, sculpteur, créateur d’images, photographe. Tout se fond en un seul travail.
Photographie:
34 x 22.5 x 0.1 cm
- FRAMED: €445
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DONKERE KAMERS_1
Dans cette œuvre, j’expérimente avec la lumière et l’ombre : une lumière subtile détache l’ombre de l’objet et crée une tension. Le rocher, qui jouera un rôle central dans une future série, symbolise pour moi le poids de la vie. Il est placé en diagonale, comme s’il pouvait tomber à tout moment : une pierre conçue pour être lourde et immobile, mais qui semble soudainement vulnérable. Cette friction entre stabilité et menace me fascine, tout comme la perte d’ancrage social chez une personne qui laisse tout derrière elle.
Photographie:
34 x 22.5 x 0.1 cm
- FRAMED: €445
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